lundi 16 mars 2015

Fermeture définitive

Ce blog n'est plus alimenté depuis plusieurs mois maintenant. Pour l'instant, je n'envisage pas de le poursuivre.
Merci beaucoup aux visiteurs qui y ont trouvé un peu d'intérêt.

mercredi 24 septembre 2014

Offrir du temps

- Je sais, raconte, ne perds pas de temps.
Moi, je trouvais que nous en avions à revendre, que nous pouvions en offrir à ceux qui étaient près de leur fin. Tu parles! Peut-on faire un paquet avec du temps à l'intérieur et l'offrir pour Noël? J'en avais plein, le mien et en plus celui qui était dans les livres. Mais c'est elle qui devait avoir raison, elle et les animaux, il ne fallait pas perdre de temps. Celui qui nous est imparti dure autant que celui qui n'est pas gaspillé, le reste est perdu.

Erri De Luca
Les poissons ne ferment pas les yeux.

samedi 2 août 2014

Réparer les vivants

J'ai terminé il y a peu ce livre étonnant et (très) fort.
Je dois tout de suite reconnaître avoir eu quelques difficultés à m'adapter au style de l'auteure, surtout à le comprendre. Sauter du présent au passé, passer d'un personnage à d'autres, dans la même longue phrase, ce n'est pas évident pour ceux qui, comme moi, sont habitués à une écriture plus "classique". Mais le livre devient assez rapidement passionnant, notamment parce que l'on peut aisément se projeter sur l'un ou l'autre des personnages, voire sur l'ensemble (sauf, pour ce qui me concerne, sur le donneur, compte tenu de mon âge).
C'est le roman d'une transplantation cardiaque, les autres organes étant presque seulement mentionnés. L'auteure situe dans le temps et dans l'espace les acteurs de cette opération magique en soi, mais qui n'est pas sans poser de très nombreux problèmes surtout sur le plan psychologique: le donneur et le receveur évidemment, les parents du donneur (le cheminement pour accepter le prélèvement d'organes chez leur enfant m'a fait vivre des séquences bien chargées d'émotion), le personnel médical (chirurgien, infirmière, équipes de prélèvement...) et la famille du receveur.
Ce n'est pas à proprement parler un livre de vacances, de soleil et de plage, mais personnellement j'ai pu le lire à l'ombre de mon verger. Je le recommande.

J'ai choisi - il fallait faire un choix - trois extraits.

Marianne, la mère de Simon le donneur, se pose la question de savoir si elle doit accepter le prélèvement du cœur de son fils. Que deviendra l'amour de Juliette (la petite amie de Simon) une fois que le cœur de Simon recommencera de battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce cœur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculés çà et là dans un élan d'enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres? Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son cœur quand s'avançait la vague (le surf, quel que soit le temps, était la passion de Simon)? Que deviendra ce cœur débordant, plein, trop plein, ce cœur full?

Marianne a accepté... Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme? Ces questions tournoient autour d'elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible, c'est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au-dehors comme un désert de gypse.

Le donneur - une femme - s'apprête pour la transplantation. Elle tourne en rond dans la chambre. Si c'est un don, il est tout de même d'un genre spécial, pense-t-elle. Il n'y a pas de donneur dans cette opération, personne n'a eu l'intention de faire un don, et de même il n'y a pas de donataire, puisqu'elle n'est pas en mesure de refuser l'organe, elle doit le recevoir si elle veut survivre, alors quoi, qu'est-ce que c'est? La remise en circulation d'un organe qui pouvait encore faire usage, assurer son boulot de pompe? ... Le sens de ce transfert dont elle bénéficie par le jeu d'un hasard invraisemblable- la compatibilité inouïe de son sang et de son code génétique avec ceux d'un être mort aujourd'hui-, tout cela devient flou. Elle n'aime pas cette idée de privilège indu, la loterie, se sent comme la figurine en peluche que la pince saisit dans le fatras de bidules amoncelés derrière une vitrine de la fête foraine. Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c'est là toute l'histoire. C'est techniquement impossible, merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille, voire effectuer un contre-don ad hoc afin de se délier de la dette infinie, et l'idée qu'elle soit piégée à jamais la traverse. Le sol est glacé sous ses pieds, elle a peur, tout se rétracte.

Merci, Maylis de Kerangal.

mardi 1 juillet 2014

Les arbres en quête d'un roi

Les arbres étaient allés messier un roi sur eux.
Ils dirent à l'olivier : "Règne sur nous !"
L'olivier leur dit : "Ferai-je cesser mon onctuosité,
que glorifient Elohîms et les hommes,
pour aller m'agiter sur des arbres ?"
Les arbres disent au figuier : "Va, toi ! Règne sur nous !"
Le figuier leur dit : "Ferai-je cesser ma douceur,
ma prolifération exquise, pour aller m'agiter sur les arbres ?"
Les arbres disent à la vigne : "Va, toi ! Règne sur nous !"
La vigne leur dit : "Ferai-je cesser mon moût,
qui réjouit Elohîms et les hommes, pour aller m'agiter sur des arbres?"
Alors tous les arbres disent au lyciet (1) : "Va, toi ! Règne sur nous!"
Le lyciet dit aux arbres : "Si, en vérité, vous me messiez
pour roi sur vous, venez, abritez-vous sous mon ombre,
sinon un feu sortira du lyciet et mangera les cèdres du Lebanôn."
Et maintenant, est-ce avec vérité et intégrité
que vous faites régner Abimèlèkh ?

(1) Lyciet = sorte de ronce
Juges 9, 8-16a
Traduction André Chouraqui

Combien de transpositions trouvons-nous dans bon nombre de pays de par le monde? Méditons...

mardi 6 mai 2014

Suivre le poisson

Suivre le poisson, suivre l'oiseau,
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu'au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu'à devenir
Rien. Rien que le bleu d'où un jour
A surgi l'ardente métamorphose,

Le Désir même de nage, de vol.

François Cheng
Cinq méditations sur la mort
autrement dit sur la vie
Cinquième méditation


Je rapproche ce poème d'un autre message que j'ai déjà publié le 26 novembre 2010. Ces deux poèmes me suivent, me poursuivent et je ne les fuis pas, au contraire ils me prennent au cœur...


M’alléger
me dépouiller

réduire mon bagage à l’essentiel

Abandonnant ma longue traîne de plumes
de plumage
de plumetis et de duvets

devenir oiseau avare
ivre du seul vol de ses ailes


Michel Leiris
Haut Mal, suivi de Autres lancers

samedi 22 mars 2014

Prendre ta douleur

Une chanson d'exception...
Camille. Chanteuse française qui vient de fêter ses 36 ans. J'avoue que je ne connaissais aucune de ses chansons, m'éloignant de plus en plus de la "variété". Mais là, il ne s'agit pas spécialement de variété!
Après des débuts plus ou moins remarqués, elle sort en 2005 Le Fil, album au concept étonnant, construit sur le « fil » ou le « bourdon » : une seule note, un si en l'occurrence, qui forme un long segue (employé sur les partitions, pour indiquer que l'on doit enchaîner le morceau suivant sans s'arrêter) du début à la fin de l'album (et même pendant 35 minutes après la dernière chanson). Toutes les chansons sont construites sur une exploration de la voix, avec pour seul instrument une contrebasse et parfois un clavier. Cette fois la critique est unanime et salue l'originalité de l'œuvre. Le single Ta Douleur fait un carton... (Wikipédia)

Vidéo tirée des Victoires de la Musique


Et voici le texte. Écoutons, regardons... et réfléchissons... 


Lève toi c'est décidé
Laisse-moi te remplacer
Je vais prendre ta douleur
Doucement sans faire de bruit
Comme on réveille la pluie
Je vais prendre ta douleur 
Prendre ta douleur
Je vais prendre ta douleur

Elle lutte elle se débat
Mais ne résistera pas
Je vais bloquer l'ascenseur

Prendre ta douleur

Je vais prendre ta douleur
Saboter l'interrupteur

Prendre ta douleur
Je vais prendre ta douleur

Mais c'est qui cette incrustée
Cet orage avant l'été
Sale chipie de petite sœur ?

Je vais tout lui confisquer
Ses fléchettes et son sifflet
Je vais la virer de la récré

Prendre ta douleur

Je vais prendre ta douleur
Je vais lui donner la fessée

Prendre ta douleur
Je vais prendre ta douleur

Mais c'est qui cette héritière
Qui se baigne qui se terre
Dans l'eau tiède de tes reins ?

Je vais la priver de dessert
Lui faire mordre la poussière
De tous ceux qui n'ont plus faim

Prendre ta douleur

Je vais prendre ta douleur
De tous ceux qui n'ont plus rien

Prendre ta douleur
Je vais prendre ta douleur

Dites-moi que fout la science
A quand ce pont entre nos pensées ?
Si tu as mal là où t'as peur
Tu n'as pas mal là où je pense !

Qu'est-ce qu’elle veut cette connasse
Le beurre ou l'argent du beurre
Que tu vives ou que tu meurs ?

Faut qu'elle crève de bonheur
Ou qu'elle change de godasses
Faut qu'elle croule sous les fleurs
Change de couleur
Je vais prendre ta douleur 
Je vais jouer au docteur

Prendre ta douleur
Je vais prendre ta douleur 

Dites-moi que fout la science
A quand ce pont entre nos pensées ?
Si tu as mal là où t'as peur
Tu n'as pas mal là où je chante !

Lève-toi (x3)
Elle a envie de toi (x3)


dimanche 19 janvier 2014

Elégie de Fauré

J'écoute avec beaucoup de plaisir, comme tant d'autres personnes, la plupart des compositions de Gabriel Fauré (1845-1924): Cantique de Jean Racine, Requiem, Pavane, Pelléas et Mélisande, musique de chambre.
Les œuvres de Fauré se distinguent par la finesse de leur mélodie ainsi que par l’équilibre de leur composition. Le langage harmonique de Gabriel Fauré reste de nos jours étudié dans les conservatoires. C’est un style d’écriture à part entière, présentant de nombreuses idées originales. Si Gabriel Fauré est reconnu pour son génie harmonique, il est en outre considéré comme le maître de la mélodie française. (Wikipédia)
Parmi la musique de chambre, j'ai choisi son Elégie, écrite en 1880. Je ne connais pas vraiment les interprètes: David Louwerse au violoncelle et François Daudet au piano. Mais assez parlé, écoutons...



Fauré a écrit par la suite un arrangement de son Elégie pour orchestre et violoncelle. Plus tard?

lundi 6 janvier 2014

Ta Katie t'a quitté

Boby Lapointe (1922 - 1972)
Vous souvenez-vous? Cet artiste multi facettes, au comportement plus qu'étrange et farfelu (voir ce qu'en dit, entre autres, Wikipédia). J'ai eu l'occasion de le voir sur scène. Il était comme le montre la vidéo, statue hiératique. Pas de jeu de scène du tout, mais on l'écoutait oreilles et cœur grand ouverts. Bien sûr, il fallait s'accrocher pour comprendre tous les jeux de mots, contrepèteries et autres calembours qu'il distillait à jets continus. Mais je l'appréciais, et je l'apprécie toujours.
Et ce n'est pas un hasard si Monsieur Georges Brassens l'aimait beaucoup. Voici ce qu'il a écrit à sa mort: "Ce satané Boby Lapointe, depuis qu'il a tourné le coin, à Pézenas comme à Paris, ses copains et admirateurs ont du mal à s'y habituer. En ce qui me concerne, les soirs où son amitié et sa bonhomie me manquent un peu, je fais comme si rien n'était, j'écoute ses chansons pour qu'il continue à vivre, le bougre, et il continue. Mon vieux Boby, putain de moine et de Piscénois, fais croire à qui tu veux que tu es mort ; avec nous les copains ça ne prend pas."

J'ai choisi "Ta Katie t'a quitté". Écoutons. Et si vous ne suivez pas les paroles... lisez plus bas!




Ce soir au bar de la gare
Igor hagard est noir
Il n'arrête guère de boire
Car sa Katia, sa jolie Katia
Vient de le quitter
Sa Katie l´a quitté
Il a fait chou-blanc
Ce grand-duc avec ses trucs
Ses astuces, ses ruses de Russe blanc
Ma tactique était toc
Dit Igor qui s´endort
Ivre mort au comptoir du bar

Un Russe blanc qui est noir
Quel bizarre hasard! se marrent
Les fêtards paillards du bar
Car encore Igor y dort
Mais près d´son oreille
Merveille! un réveil vermeil
Lui prodigue des conseils
Pendant son sommeil

Tic-tac tic-tac
Ta Katie t´a quitté
Tic-tac tic-tac
Ta Katie t´a quitté
Tic-tac tic-tac
T´es cocu, qu´attends-tu?
Cuite-toi, t´es cocu
T´as qu´à, t´as qu´à t´cuiter
Et quitter ton quartier
Ta Katie t´a quitté
Ta tactique était toc {x2}
Ta Katie t´a quitté
Ote ta toque et troque
Ton tricot tout crotté
Et ta croûte au couteau
Qu´on t´a tant attaqué
Contre un tacot coté
Quatre écus tout comptés
Et quitte ton quartier
Ta Katie t´a quitté {x4}

Tout à côté
Des catins décaties
Taquinaient un cocker coquin
Et d´étiques coquettes
Tout en tricotant
Caquetaient et discutaient et critiquaient
Un comte toqué
Qui comptait en tiquant
Tout un tas de tickets de quai
Quand tout à coup
Tic-tac-tic driing!

Au matin quel réveil
Mâtin quel réveille-matin
S´écrie le Russe, blanc de peur
Pour une sonnerie
C´est une belle sonnerie!